“LA CITE D’OR” MAISON D’EGYPTE A PARIS

Résidence étudiante à la Cité Internationale Universitaire de Paris 

Un édifice comme une géographie fédératrice.
La construction d’une Maison d’Egypte à la Cité Internationale Universitaire de Paris constitue un projet emblématique, vecteur de rayonnement de la culture égyptienne. Cette culture est en réalité multiple, à la fois Africaine, située sur la côte Sud de la Méditerranée Orientale, le bassin levantin, liée à la péninsule du Sinaï et à la Mer Rouge. Même si la langue officielle du pays est l’arabe dialectal, le sixi-tamazight berbère est également parlé à Siwa, le nubien par les habitants de Haute-Egypte dans la province d’Assouan. Cette richesse et cette multiplicité, on la doit à un passé hors du commun qui s’est développé dans la Vallée du Nil et qui a vu prospérer durant près de trois millénaires une des civilisations les plus brillantes de l’humanité. Pour comprendre ces identités multiples, il nous faut retracer l’histoire en remontant jusqu’à ses origines, à la période prédynastique où cette terre était peuplée de territoires tribaux faits de clans autonomes. Ces tribus indépendantes se sont agrégées dans le temps et fédérées pour créer une première division territoriale, la limite qui allait séparer le nord du sud avec la naissance de la Haute et la Basse-Égypte. Progressivement, ces séparations territoriales allaient devenir sous les premières dynasties pharaoniques des Sépats, plus tardivement rebaptisées Nomes par les Grecs. Ces Nomes sont les circonscriptions administratives de l’Ancienne Egypte ; La Haute et la Basse Egypte étaient fortes de ses 42 nomes recensés jusqu’à l’époque ptolémaïque. Dans ces « provinces » on décompte par exemple le Nome du Pays de Nubie (dont les villes principales sont Philae, Eléphantine, Kôm Ombo) , le Nome de la Forteresse (Nekhen, El Kab), le Nome de la Grande Terre (Abydos, Thinis) , le Nome de la Muraille Blanche (Memphis, Saqqarah) , le Nome du Sceptre (Thèbes) parmi beaucoup d’autres. Pour appréhender ces identités multiples, il nous faut donc embrasser cette complexité. La morphogenèse du projet de la Maison d’Egypte est ainsi née de cette volonté de retranscrire cette multiplicité de superpositions territoriales en pensant le projet comme une fédération de ces différentes identités, une représentation physique et symbolique des 42 provinces de l’Egypte Antique.
En conséquence, l’édifice que nous vous proposons est une solide superposition de 42 blocs mégalithiques, la personnalisation physique de chacun des Nomes de l’Egypte antique, une somme des différents territoires fédérée en un seul édifice, représentation physique à la fois de l’entité unique et la multiplicité de l’identité Egyptienne. Nous proposons donc d’appréhender la Maison d’Egypte non pas comme un bâtiment unique mais plutôt comme une superposition fonctionnelle de noyaux territoriaux, de différents bâtiments préfabriqués en ateliers qui s’imbriquent et se connectent entre eux. De fait, notre proposition s’articule sur la définition d’une nouvelle identité égyptienne, à la croisée de l’histoire antique et de la contemporanéité, vers une architecture physique, onirique et intemporelle. Un voyage au fil des contrées et des provinces de l’Egypte mais aussi dans le temps, où l’Histoire et la mythologie s’hybride avec les usages les plus contemporains.

Une mutation des typologies de l’Egypte Antique.
Nous envisageons donc une mutation du vocabulaire architectonique spécifique issus de l’ère pharaonique. Ces éléments constructifs sont des composants fondamentaux de notre projet, et ils ont été choisis pour leurs forces constructives et symboliques dans l’histoire de ce peuple. Ainsi l’entrée de la Maison d’Egypte se fait au travers d’un pilône central haut de trois étages. Cette porte monumentale est caractéristique des temples égyptiens ; elle convoque un imaginaire, celui du seuil, elle est un lieu de frontière, de séparation entre deux espaces, deux temps. Des hiéroglyphes contemporains représentant deux étudiants sont gravés sur les lisses murs dorés de manière à faire trôner les résidents au sein de l’édifice. Cette entrée est également encadrée de deux môles, épaisses tours à base rectangulaires surmontées d’une corniche et d’un vaste linteau, comme il est d’usage dans toute l’Egypte antique. Ce dernier est légèrement en porte-à-faux, de manière à inviter encore plus l’usager vers l’entrée de l’édifice. Les embrasures des môles forment un large passage dans lequel des bas-reliefs, véritables hiéroglyphes contemporains pensés pour les étudiants, seront gravés sur la masse dorée. Le fruit du mur d’entrée est une transposition contemporaine de l’oriflamme ; ce mur incliné sera également une des pièces maitresses de l’éclairage du bâtiment. A l’échelle globale de l’édifice, chaque bloc monolithique est cerclé d’une ligne franche en léger débord par rapport aux logements tel l’abaque protodorique égyptien.

Un Soleil Eternel
“Pour les anciens Égyptien, l’or était une des plus précieuses substances. Mais sa haute valeur ne reposait point, aux origines, sur des critères purement économiques. Parure divine et royale, il était la chair brillante et incorruptible du Soleil et des dieux issus de lui.” Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Jean Yoyotte
L’ Ancien Empire, apogée de la civilisation de l’Egypte antique, a produit le plus extraordinaire héritage de papyrus, de pierre et d’or de l’histoire. Fascinant et hypnotique, l’or y revêt une connotation métaphysique très forte, puisqu’il est la représentation physique de ce qui éclaire l’orbe du disque solaire. L’éclat de l’or évoque la splendeur du dieu Ra dans toute sa majesté, le soleil à son zénith. De fait, les égyptiens pensaient que l’or était la chair des dieux tandis que leurs os étaient en argent et leurs cheveux représentés en lapis-lazuli. Le métal précieux, issu des quelques 250 sites miniers répartis dans le désert arabique et la Nubie, était ainsi utilisé pour revêtir de splendeur et d’éternité les idoles divines, mais aussi les pointes des obélisques, les meubles des cérémonies rituelles et parties d’édifices, qui se mariaient à merveille avec l’architecture faite de pierre jaune ocre, qui s’illumine de reflets dorés chaque jour au coucher du soleil.
La Cité d’Or est une articulation entre l’hyper-urbain lié au périphérique et le domestique de la Cité Universitaire. Il permet la synthèse urbaine d’une façade qui s’offre de manière cinétique au passage rapide des véhicules en accrochant le regard en quelques millièmes de secondes tout en donnant à voir une forme urbaine ouverte aux étudiants. Les façades s’ouvrent progressivement vers les terrains de sports et les jardins ; Ainsi, l’ouvrage revêt une différente lecture, selon qu’on se trouve dans son paysage lointain ou à distance rapprochée. La masse se décompose pour laisser apparaître le bloc, puis l’unité modulaire qui la constitue. Ce travail de masse constitue une composante fondamentale du projet ; depuis le périphérique, l’image se doit d’être forte; le bâtiment devra pouvoir accrocher le regard en quelques millièmes de secondes. Pour ce faire, nous développons une façade monumentale et dorée, immédiatement reconnaissable à différentes distances. Vu depuis une échelle lointaine, l’édifice sera tout d’abord un point lumineux , un matériau étincelant qui déclenchera une accroche rétinienne par la lumière. Quoi de plus cinétique que la lumière elle-même ?
Ce projet s’inscrit donc dans l’équilibre entre un ensemble unique et une composition de parties qui redonneront également une échelle architecturale fine et complexe :
A l’échelle distante, la silhouette de la Maison d’Egypte est simple et claire. A son approche, la masse architectonique du bâtiment se révèle composée de strates sédimentaires fractionnées, véritables blocs urbains superposés similaires à la Mosquée qui couronne le temple de Karnak, aux villages vernaculaires de Nubie ou encore à la Médina du Caire. L’invention de la modernité Egyptienne s’est toujours faite par une relecture des formes tant historiques que vernaculaires.  Cette masse fragmentée est déclinée selon des variables d’ensoleillement: L’édifice est compact dans sa façade Sud et Sud-Ouest, de manière à créer une protection optimale aux rayons du soleil et faire rempart aux vents dominants. Toutefois, nous avons également travaillé des strates horizontales de manière à capter un maximum la lumière du Sud et créer également un effet cinétique dans son rapport au périphérique. Ce concept fort crée une relation ultra contemporaine à son contexte immédiat en termes architecturaux, d’enjeux climatiques, de résilience et d’inclusion, et saura créer un impact fort dans la conscience collective, tout en puisant dans les racines d’une modernité nouvelle. Ainsi, ce projet marque la réconciliation de notions a priori antagonistes ; le monumental et le fractionné, l’héritage et la modernité, la masse et l’évanescence.

 

  • Client: Ambassade d’Egypte en France
  • Etat: Concours sur invitation Octobre 2019
  • Type: 250 Logements étudiants, espaces de réceptions ambassade d’Egypte
  • Surface; 5000 m²
  • Budget: 14,6 M€
  • Localisation: Cité Internationale Universitaire de Paris
  • Equipe: Studio Malka Architecture architecte mandataire, Associated Consultants, Mercier
    Paysagistes, Laurent Garbit Illustration et signalétique, Betom Ingénierie, Alternative Acoustique, Sterling Quest Economistes
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